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Tyrnformen [Roman médiéval fantasy]

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Chaï Latté
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J'ai rejoint la planète PRD le : 17/11/2012 J'ai posté un total de : 711 Messages. Sinon je m'appelle : Myfanwi et j'ai : 21 ans. Dans la vraie vie, je : suis étudiante en Lettres Modernes Les logiciel(s) que j'utilise sont : Photofiltre


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Chaï Latté
Message(#) Sujet: Tyrnformen [Roman médiéval fantasy] Ven 19 Mai - 5:11

Bonjour Wahou Je viens vous présenter mon gros bébé, sur lequel je travaille depuis presque un an et demi. C'est un roman Médiéval-Fantasy, dont la vocation principale et de permettre à tous d'approcher le genre fantasy, au travers d'espèces connues... Tout en les détruisant. Oubliez toutes vos idées préconçues sur les espèces, vous risquez d'être rapidement surpris. Les chapitres arrivent à vitesse très, très irrégulière, mais j'y travaille Je vous souhaite une bonne lecture, n'hésitez pas à me faire parvenir vos retours, c'est ultra-important pour la suite Smile Ils me permettent d'avoir une vision d'ensemble sur le projet, et je les lis avec grand plaisir.

L'intégralité de mon travail est ma propriété. Toute copie sans mon autorisation explicite est interdite.

Bonne lecture !

TYRNFORMEN

Prologue : Une nouvelle ère

La nuit était tombée sur la région de Tyrnformen depuis quelques heures maintenant : les hommes abandonnaient les échoppes pour rejoindre leurs familles ; les animaux nocturnes, jusque là terrés dans les coins inaccessibles à la population, quittaient leurs cachettes pour emprunter les rues habituellement fréquentées de jour par les humains.

La haute-ville dormait depuis longtemps, les riches et les classes moyennes ne fréquentaient pas le peuple du soir. Ils le redoutaient, ils le craignaient, et pour cause : ces personnes-là n'étaient pas comme eux. Depuis toujours, de nombreuses rumeurs et légendes couraient la cité à propos d'humains modifiés et déformés par le temps, la pauvreté et les mélanges entre espèces autrefois autorisés, dont les traces apparaissaient encore au niveau des caractéristiques physiques de certains spécimens. Des oreilles trop pointues, des canines trop allongées, une écaille qui n'aurait jamais dû exister : ces signes invisibles aux yeux des non-initiés mais représentant, pour un peuple rejeté et abandonné de tous, un héritage et un espoir pour le futur.

Dans les ruelles sombres et malfamées du quartier sud d'Isendorn, une jeune femme aux longs cheveux noirs, parcourus de reflets bleutés, avançait d'un pas assuré, presque félin, dans une direction connue d'elle seule. De taille moyenne et de silhouette assez fine, elle glissait silencieusement entre les habitations mal-éclairées.

La jeune femme progressait dans les bas-fonds de la ville. Les maisons, amoncellements de bois et de terre, étaient rongées par les termites et l'humidité. Les riches avaient depuis longtemps déserté cet endroit lugubre, où de multiples personnes peu recommandables habitaient. Elle ne semblait cependant guère s'en soucier. Elle avançait vers son objectif, sourire aux lèvres, arborant une allure qui se voulait confiante. Elle traversa un rayon de lune dans un pas animal. Habillée d'une robe ample couleur blanc-gris, elle évitait les flaques de boue en quelques bonds gracieux que l'on pouvait apparenter à une danse. Son expression sereine, son teint pâle, sa démarche : tout semblait contraster avec l'ambiance sombre et sinistre qui régnait en ces lieux. Elle disparut à l'angle d'une épicerie pour arriver dans un cul de sac, dans lequel se trouvait un unique bâtiment, éloigné de tout, esseulé et négligé.

Sa façade tordue paraissait bancale. Les planches de bois désordonnées tenaient par miracle. Un panneau de bois, accroché à une vieille poutre brisée, se balançait doucement de droite à gauche, poussé par la bise hivernale qui soufflait sur les terres de Tyrnformen depuis déjà quelques semaines. « Taverne des trois rosiers » pouvait être lu à sa surface, en plissant bien les yeux, l'humidité ayant rendu presque illisible l'écriteau.

La mystérieuse dame posa la main sur la porte en chêne de la vieille bâtisse, rugueuse et froide, toujours confiante. Son sourire ravi trahissait son émotion de se trouver dans ce lieu pourtant effrayant et qui n'attirait aujourd'hui guère plus que les vieux ivrognes et les habitués. Elle poussa la porte et pénétra le bâtiment, dans un grincement qui attira immédiatement l'attention sur sa personne. Une poignée de tables illuminées par des bougies accueillaient encore quelques buveurs, la plupart silencieux, en train de jouer aux cartes ou tout simplement endormis à même le sol, une chope à moitié pleine dans la main. La jeune femme s'approcha du bar à pas feutrés, évitant les divers obstacles sur sa route, tout en croisant les regards suspicieux, malveillants des personnes installées sur les chaises en bois.

Le tavernier était un vieil homme, qui en avait probablement vu plus tout au long de sa vie que l'ensemble des habitants de la capitale humaine. Il avait survécu à la guerre, il avait connu les bas-fonds lorsqu'ils étaient encore respectables. Certains donnaient pour explication à sa longévité exemplaire la présence de sang d'elfe dans ses veines. Bien qu'il se dît humain, l'homme avait plus d'une centaine d'années et était toujours au meilleur de sa forme. Seule sa vue avait baissé sensiblement, mais il n'en restait pas moins vif d'esprit et toujours prêt à rendre service aux personnes qu'il jugeait dignes d'intérêt. Alors qu'il astiquait tranquillement des verres, il releva la tête en entendant du bruit près du bar.

« On va fermer, retentit une voix calme et grave. Revenez demain.
– Je suis attendue mon brave. Par Messire Panrion. Je m'appelle Indrala, il vous a sans aucun doute déjà prévenu de mon arrivée. »

Le vieil homme posa son verre, avant de mettre ses mains ridées et usées sur le bar, en plissant les yeux, pour essayer de mieux voir son interlocutrice. Elle avait une voix fluette, presque enfantine, très agréable à entendre. Elle était en effet très jeune, peut-être une vingtaine d'années pour les inconnus la croisant dans les rues bondées. Son nez et ses lèvres fines attiraient les regards sur elle, mais bien moins que ses yeux, d'une couleur brun-orangé très particulière, foncée et profonde. Ses cheveux désordonnés tombaient en cascade sur ses épaules et son visage. Elle n'avait pas eu beaucoup d'occasions de s'occuper d'elle ces derniers temps. Elle avait effectué un long voyage et avait privilégié son confort personnel à sa tenue. Le tavernier passa devant le comptoir et tourna autour d'elle, tel le maître qui juge de la qualité de son disciple. La personne qu'elle voulait voir avait omis quelques détails sur son physique, en conclut-elle.

« J'ai beaucoup entendu parler de toi. Adranar attend ta venue depuis plusieurs semaines.
- J'ai mis du temps à arriver, je le sais bien, répondit-elle dans un sourire ensorceleur. J'ai été bien occupée
ces derniers mois.
- Il est dans sa chambre, à l'étage. C'est la seule porte ouverte. Le connaissant, il doit encore être éveillé à cette heure-ci. Rejoins-le. »

Indrala inclina légèrement la tête, par politesse, se dirigea vers les escaliers. Elle lança un dernier regard à la salle. Plusieurs personnes détournèrent les yeux. Ils l'espionnaient, elle le savait. Les étrangers n'étaient pas les bienvenus dans les parages, et dans toute la ville en général. Les humains se méfiaient naturellement, ce qui pouvait être certes un avantage pour leur propre survie, mais aussi un danger potentiel quand il s'agissait d'actes envers d'autres individus comme elle, comme le tavernier.

Elle gravit les marches et atteignit l'étage, plus décoré et rassurant que le rez-de-chaussée. Un long couloir, dont les murs étaient peints en rouge violacé, donnait sur trois chambres. Seule l'une d'entre elle était éclairée. Les deux autres avaient été jugées trop insalubres pour être habitées et servaient désormais de débarras pour la nourriture des clients de la taverne. Un fauteuil abîmé avait été abandonné contre un mur, poussiéreux et tâché de diverses substances non-identifiables. Un tapis vert, troué et décousu par endroit menait directement à la chambre ouverte ; Indrala s'empressa de s'y rendre. Elle avait beaucoup tardé en route, il fallait en finir au plus vite. Elle tapa deux fois à la porte.

« Entrez, grogna une voix masculine peu amène.»

Indrala contempla la pièce depuis l'entrée. Assis devant un bureau sur une chaise abîmée à trois pieds, un homme se concentrait sur la lecture d'un parchemin. Son visage hâlé était penché sur le texte, seulement éclairé par la lumière d'une bougie mourante devant lui. D'une main, il tenait sa plume, tandis que l'autre caressait son bouc noir de jais -la même teinte que ses cheveux, longs jusqu'en bas de son dos-. Sa robe de mage, autrefois blanche, était tâchée d'encre par endroit, froissée et sale. Elle avait sans aucun doute connu des jours meilleurs. À première vue très fatigué, d'immenses cernes entouraient les yeux de l'écrivain, d'un brun très pâle, presque doré. Face à l'absence de réaction, elle s'appuya contre la porte, un sourire attendri aux lèvres.

« Après toutes ces années, je vois que tu n'as pas beaucoup changé. Toujours perdu dans tes lectures, Adranar ? »

L'interpellé se figea. Ses lèvres esquissèrent un sourire, il pivota sur sa chaise, et releva les yeux vers la nouvelle venue. Son visage s'éclaira, une petite étincelle anima son regard. Il bondit vers elle et la prit dans ses bras en riant.

« Indrala ! Je suis si content de te voir ! As-tu fait bon voyage ?
– Oui. Quoique long. Tu sais bien comment est Warazi en cette saison. Les Sanglants m'ont donné beaucoup de travail, c'est un miracle d'avoir réussi à me libérer pour venir te voir. »

Adranar Panrion relâcha son emprise autour de la taille de la jeune fille. Ses yeux dorés s'illuminèrent doucement et des écailles rouge sang commencèrent à recouvrir son visage et ses bras dénudés. Indrala capta le message, ses yeux se mirent eux aussi à luire, et le même phénomène se produisit sur sa propre peau. Elle reprit cependant bien vite son sérieux.

« Pourquoi m'avoir mandée ? Ton message laissait entendre que c'est important.
– En effet. Assieds-toi, je vais t'expliquer. Nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère chère amie. »

Il lui indiqua de la main un lit, maintenu en hauteur par une pile de gros livres. Indrala s'installa dessus, rejointe rapidement par Adranar. Il apporta une fiole de liquide rose fluorescent dans la main. L'homme était enchanté de la lui présenter. Ce petit flacon représentait l'équivalent de centaines d'heures de travail, de recherches, d'expériences, d'insomnies. Indrala posa un doigt sur la surface du verre, méfiante, sourcils froncés.

« Qu'est-ce que c'est ?
– Ce qui va sauver notre espèce, clama fièrement le mage. Nous allons enfin pouvoir gagner les hauteurs, sortir sans cacher ce que nous sommes, vivre pleinement notre vie de dragon sans avoir à craindre les pulsions meurtrières des humains. Ils n'auront nul autre choix que de nous accepter après ce que nous allons faire.
– Je ne comprends pas, rétorqua Indrala. En quoi ça va nous aider ? C'est une potion. Même si elle tue quelqu'un d'important, ça va... Renforcer la haine des humains à notre égard. En aucun cas les encourager à nous apprécier. Tes rêves de vieil optimiste n'aboutiront jamais, les hommes ne changent pas. Ils empirent avec le temps. Ils se répandent à la surface de Tyrnformen comme un virus. »

Adranar sourit malicieusement à la jeune femme.

« Qui a parlé de meurtre ? Je sais que les Sanglants préfèrent habituellement mettre fin à ce qui les ennuient plutôt que de chercher des solutions. Mais ce n'a jamais été mon cas. J'ai travaillé sur cette potion pendant plusieurs mois, elle est faite à base de mon sang, elle n'a pas de goût, pas d'odeur... Le liquide parfait. Il faut juste que l'on trouve un moyen de la faire avaler au prince héritier.
– Tu as perdu la tête ?! S'exclama Indrala. Tu crois vraiment qu'ils te laisseront approcher le prince sans rien dire ? Si jamais ils découvrent ce qui s'est passé, je ne donne pas cher de ta peau. Et comment comptes-tu lui faire ingérer ?
– Tu étais la meilleure en infiltration à l'académie, et j'ai pensé que tu pourrais m'aider. Le prince est curieux, il accorde volontiers son attention à qui la demande. Demain, il sera en visite en ville, comme toutes les semaines. Il faut trouver un moyen de lui vendre la potion. En lui disant que ça effacera ses boutons ou que ça adoucira sa peau, les nobles adorent ce genre d'âneries. »

La jeune femme pinça les lèvres, peu convaincue. Elle craignait pour sa vie autant que pour celle d'Adranar. Bien que les Sanglants s'entraînassent depuis leur jeunesse pour remplir ce genre de mission, cela restait un exercice difficile, dont l'issue était complètement imprévisible. Bon nombre d'entre eux étaient tombés sous la main des autorités humaines pour moins que ça. Ce qu'Adranar prévoyait relevait de haute trahison vis-à-vis de la famille royale, qui les conduirait tous deux immédiatement au bûcher. Ou pire.

Toutes les créatures non-humaines vivant dans les bas-fonds étaient au courant des expériences effectuées sur leurs confrères dans les prisons du château, et tous avaient redoublé de vigilance. Se faire attraper par les autorités signifiait connaître la misère et la torture, et dans ces cas, bien souvent, on oubliait la personne arrêtée dans l'heure, puisque les chances de la revoir un jour, vivante, étaient infimes.

« Que va faire cette potion ? l'interrogea Indrala.»

Toujours sur ses gardes, elle n'arrivait pas à décider si elle devait suivre ou non ce savant fou dans son plan impossible qui pourrait possiblement les conduire à une aube nouvelle et réjouissante... Ou à la mort.

« Elle va faire muter le sang du prince. Il va devenir comme nous.
– Un Sanglant ?
– Peut-être. Un dragon tout du moins. Je crains fort en revanche que les humains et les « autres » ne voient pas nos méthodes de travail d'un très bon œil. Ils vont essayer de stopper notre cobaye, peut être même de le tuer. Je suis prêt à parier que le Roi va l'envoyer dans les terres de l'Ouest pour le faire « soigner ». Nos troupes doivent se tenir prêtes pour le réceptionner dans la ville de Mornepierre.
– Combien de temps cela prendra-t-il ? »

Le vieux dragon se gratta le bouc, en pleine réflexion.

« Les premiers effets de la potion se manifesteront dans les trois mois à venir, mais la première vraie mutation n'aura lieu que l'année suivante. Nos troupes ont le temps de se préparer. La guerre est en marche Indrala.
–Dès que ce sera fait, je regagnerai Warazi pour en informer immédiatement le Haut Conseil.
– J'en conclus donc que tu acceptes de m'aider ? »

La dragonne passa une main dans ses cheveux désordonnés, en soupirant. Ce plan ne lui plaisait guère, mais les conséquences qui en découleraient, bonnes ou mauvaises, en seraient forcément intéressantes. Elle se mordit la lèvre inférieure. Sa décision était prise.

« Très bien. J'accepte. Mais je décide de la manière dont on va s'y prendre. Et je prends le lit cette nuit.
– Comme tu veux. On a une longue journée de prévue demain, et je n'ai pas encore fini de travailler. Fais comme chez toi. Mais avant... »

Il sortit deux chopes d'un des tiroirs du bureau et en tendit une à Indrala. Il versa un reste de bière que le tavernier lui avait apporté plus tôt dans chaque tasse.

« À notre future victoire, déclara calmement Adranar.
– À la race dragonne et à son ascension, conclut Indrala. »

Les chopes s'entrechoquèrent, concluant le pacte et la promesse d'une nouvelle ère. Les dragons avaient longtemps été la proie de la folie des hommes, ce temps était désormais révolu.
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Chaï Latté
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Chaï Latté
Message(#) Sujet: Re: Tyrnformen [Roman médiéval fantasy] Mar 24 Avr - 10:01

Chapitre 1 : Poison
Partie 1

Les premières lueurs de l'aurore venaient de se lever sur les plaines froides de Tyrnformen. Une fine couche de neige recouvrait déjà la ville d'Isendorn et les habitants, les bras chargés de paniers ou tirant d'énormes chevaux se dirigeaient tous vers la grande place de la ville. C'était jour de marché aujourd'hui, et le prince Aranwë descendait de son palais pour sa sortie hebdomadaire parmi les habitants du peuple. Tout devait être parfait pour ne pas avoir de problèmes avec la garde et le collecteur d'impôts qui le suivait partout où il allait. Chacun faisait bien attention à ne pas paraître suspect, par crainte de représailles ou bien pire.

Accoudé à la fenêtre de sa chambre, le regard rêveur, Aranwë Balrarion observait la scène de loin, perdu dans ses pensées. Il ne s'était levé que depuis quelques minutes et attendait patiemment le passage de Marie-Rose, sa domestique et nourrice. Toutes les semaines il se plaisait à regarder le peuple s'agiter à l'aube sur la place, sur laquelle il avait une vue plongeante. Il trouvait drôle de les voir courir en tous sens, crier après les voisins pour dix centimètres de place volés, enjolivant tables et marchandise pour faire bonne présentation. Ils faisaient tout ça pour lui, alors qu'en réalité jamais ne lui serait venu l'idée d'arrêter un seul d'entre eux, pas de son plein gré en tout cas. Il quitta son observatoire et se mit à arpenter l'immense pièce qui lui servait de chambre. Un grand lit à baldaquin était positionné en son centre, recouvert d'un drap bleu aux broderies dorées, en désordre. Les coussins étaient eux tombés à terre dans la nuit, n'ayant de toute évidence pas apprécier les mouvements brusques de l'homme pendant son sommeil.

Il passa une main dans ses longs cheveux bruns. Ils étaient désordonnés sur l'arrière, plaqués sur le côté droit, emmêlés, indomptables comme à leur habitude. Aranwë poussa un soupir de désespoir. Sa nourrice avait tout tenté pour leur donner une allure convenable sans succès. Vingt-huit ans et toujours incapable de se coiffer correctement. Il se dirigea vers la penderie en traînant des pieds. Pourquoi les nobles devaient-ils s'habiller selon des coutumes qu'il jugeait dépassées quand les gens du bas peuple se contentaient de haillons ? Il trouvait cette coutume peu utile et s'y pliait seulement parce que ça faisait plaisir à son père. Il n'était pas rare de voir traîner Aranwë en tenue de nuit dans le château, par fainéantise.

Il était en train de fouiller parmi les vêtements de son immense garde-robe sans grande conviction, quand la porte de sa chambre s'ouvrit. Une femme âgée, au visage souriant et aux cheveux gris, assez ronde -de la faute au cuisinier, disait-elle- ne tarda pas à apparaître dans l'encadrement de la porte restée ouverte.

« Avez-vous bien dormi votre Majesté ?
–Parfaitement bien Marie-Rose, je vous en remercie. Auriez-vous l'amabilité de m'aider à choisir mes vêtements pour ma visite en ville ? »

La vieille dame s'inclina respectueusement et pénétra la pièce. Elle savait parfaitement où se trouvait quel vêtement, ce qui lui facilita la tâche. Marie-Rose avait été embauchée à la naissance d'Aranwë, elle n'avait pour occupation principale que de s'assurer de sa bonne santé. Dès que le prince avait été en mesure de comprendre les choses, il avait ordonné qu'on lui donne une chambre plus convenable et une plus grande autonomie. Les relations de la nourrice et de « son garçon », comme elle l'appelait souvent, étaient alors devenues très solides, presque impossibles à briser. Marie-Rose lui tendit une longue tunique bleue foncée à manches longues et aux broderies dorées, ainsi qu'un pantalon noir. Aranwë s'en saisit, la remerciant du regard. Elle le laissa seul, pour qu'il puisse s'habiller.

Cinq minutes plus tard, il était prêt. Sa nourrice l'attendait devant la vieille coiffeuse en bois noir. Aranwë s'y installa, et elle commença à lui peigner les cheveux.

« J'ai entendu des choses, dans le château, dit-elle simplement, en continuant son activité. »

Aranwë leva les yeux au ciel, en poussant un soupir las. Ce refrain, il le connaissait par cœur.

« Qu'est-ce que mon père a encore fait ? Il a encore engrossé une de ses femmes de chambre ? Va t-elle se plaindre ? Elle demande combien ?
–Non, non, rien de tout ça, répondit la vieille dame. Le Roi parlait de vous, et du fait que vous n'avez toujours pas trouvé l'amour alors que vous prenez de l'âge.
– Marie-Rose, vous savez bien que s'il apprenait que je suis... que je ne suis pas exactement comme il veut que je le sois... C'est interdit. Je préfère faire vœu d'abstinence jusqu'à sa mort, il le sait très bien. »

La domestique essayait tant bien que mal de défaire un nœud important dans ses cheveux. Aranwë tira une petite grimace de douleur.

« Vous devriez lui dire. Avant qu'il ne le découvre lui-même.
– Je le sais bien. »

Un silence pesant tomba entre les deux individus. Il fut interrompu quelques secondes plus tard par le grincement significatif de la porte qui s'ouvre. Aranwë se crispa légèrement.

« Père, que puis-je pour vous ? demanda t-il d'une voix froide, amère. »

Archibald Balrarion était un homme imposant, la soixantaine, des cheveux noirs et une barbe bien épaisse de la même couleur. Il était jadis renommé comme étant le soldat qui a libéré la ville de Mornepierre de « l'infection magique » qui y régnait. Le peuple l'avait élu roi suite à l'incompétence du dernier, qu'ils avaient traînés sur la place publique et décapité, avec son dauphin et sa femme. C'était un roi respecté, craint, réputé pour sa cruauté envers les autres, ceux qui ne sont pas humains.

« Aranwë, fils, je dois te parler. Marie-Rose, pouvez-vous nous laisser un instant ?
– Bien sûr, mon Seigneur.
– Est-ce que ça ne peut pas attendre ? Je dois sortir dans une heure, j'aimerai être à l'heure. »

Son père avait déjà pris place sur son lit, signifiant très clairement que non, ça ne pouvait pas attendre. La nourrisse s'inclina devant le roi et quitta la pièce, la tête basse. Aranwë resta un instant immobile, à observer son reflet dans le miroir, avant de tourner le regard vers son géniteur. Ses yeux bleus pâles étaient posés sur lui, le détaillant.

« Mon enfant, ta situation ne peut plus durer. Les rois des régions aux alentours ne parlent plus que de toi. Ils ont plusieurs filles à marier, et beaucoup souhaitent s'allier à notre royaume. Et tu sais très bien...
– Qu'un mariage permettrait une alliance prospère et la sécurité de nos terres, répéta Aranwë sans conviction, à la manière d'une leçon apprise par cœur. Père, je ne veux pas me marier, vous le savez très bien. Ne pouvez-vous pas vous allier militairement ou économiquement ? Comme ils le font dans les régions de l'est ? Il me semble que les caisses du royaume sont suffisamment remplies pour que nous puissions nous le permettre. »

Archibald tiqua. Le fils savait parfaitement que l'argent était le principal soucis de son père, parfois plus que lui-même, et qu'il rechignait toujours à donner le moindre centime en échange commercial. Aranwë avait passé cinq ans à le convaincre de le laisser gérer les affaires commerciales, et même après ça, le père gardait toujours un œil sur les dépenses, juste au cas où.

« Les caisses du royaume doivent être utilisées en priorité pour notre peuple, tenta vainement le Roi. »

Aranwë se mit à rire doucement, en secouant la tête. Qu'est-ce qu'il connaissait du peuple ? Il passait la majorité de son temps au château ou à assister à des exécutions et des fêtes, dans les grandes villes de son domaine. Seul le plus jeune n'hésitait pas à s'aventurer dans la foule, prendre des nouvelles, faire des rapports. On le surnommait déjà « le petit prince des pauvres » dans le pays à cause de cette manie de toujours s'intéresser à la sociologie des paysans.

« Très bien, grogna Archibald, tu as gagné. Mais ne t'y méprend pas Aranwë, nous aurons de nouveau cette conversation. Je veux te savoir marié et assez riche pour subvenir à tes besoins une fois que je serais passé à trépas.
– Père, ne pouvez-vous vraiment pas parler de choses plus joyeuses ? »

Il quitta la chambre sans répondre à son appel, le laissant seul. Marie-Rose ne tarda pas à réapparaître pour terminer de le coiffer, et il put enfin quitter sa chambre. La demeure des Balrarion était immense, un peu vieillotte, certes, mais très luxueuse: de la moquette bleue absolument partout, des murs beiges recouverts de vieux tableaux, des meubles provenant des régions les plus lointaines, tout indiquait que l'on se trouvait dans un château de nobles. Aranwë descendit rapidement les marches en marbres menant au rez-de-chaussée. Deux servants portant le manteau du prince, ses conseillers et le collecteur des impôts, M. Phédia, Wilkie de son prénom, patientaient. Le jeune homme laissa les domestiques l'habiller et il ouvrit en grand la double porte en bois du palais.

Confiant, Aranwë prit la tête du cortège. Cinq gardes patientaient devant le pont levis. C'étaient eux qui étaient chargés de la protection du prince, et ils savaient parfaitement que s'il lui arrivait quelque chose, ils seraient sans doute pendus, brûlés ou décapités en fonction de l'humeur du roi. Ils prenaient donc leur rôle très au sérieux. Parmi eux se trouvait un homme un peu spécial, un « hominidé » comme on les appelaient. Des hommes à priori normaux, mais cachant des secrets, utilisant la magie. Ils étaient les seuls tolérés dans la ville, embauchés dans les différentes Eglises, liées aux éléments. Le prince passa devant eux, la tête haute. Les gardes encadraient le cortège, mains sur leur épée ou arbalète, prêt à dégainer au moindre problème.

Ils devaient d'abord traverser les quartiers riches pour atteindre la place Clothilde, nom donné par son père à la mort de sa mère, il y a de cela quatre ans. Aranwë avait eu beaucoup de mal à s'en remettre, refusant même de sortir de sa chambre pendant quelques semaines. Puis la douleur s'était effacée naturellement, avec le temps. Il en souffrait toujours, le soir, quand il se retrouvait seul dans son lit, mais il refusait d'en parler à quiconque.

La ville riche était composée en grande partie de grandes habitations sur plusieurs étages. Elle abritait les nobles, les médecins et les commerçants, parfois même les étrangers venant d'autres villes ou régions. C'est ici également que se déroulaient les fêtes bourgeoises, telle que la fête des quartiers, créée par le père d'Aranwë une dizaine d'années plus tôt. Les habitants étaient sortis de chez eux et se regroupaient désormais sur la chaussée, pour acclamer le prince. Les jeunes femmes se bousculèrent bien sûr en riant stupidement, tentant de faire valoir leurs atouts, dans l'espoir de devenir la maîtresse du prince. L'intéressé se contenta de les ignorer, peu intéressé. Les filles de bourgeoises recherchaient surtout la célébrité et l'argent, bien plus que l'amour du prince, Aranwë se disait qu'elles devaient rester là où elles étaient, pour leur sécurité. Dans le château, il y avait son père, et aucune d'elle ne voulait lui faire face quand il était en chasse, il en était convaincu. Son père était connu pour être un croqueur de femmes, à l'opposé de son fils.

Les gardes essayaient de contenir la foule, de plus en plus nombreuse, hurlant le nom du prince. Le collecteur d'impôts était déjà au travail, interpellant des commerçants ici et là, récupérant des bourses, donnant des pièces à d'autres. Tout se passait plutôt bien, les nobles et les bourgeois étaient plutôt compréhensifs.

En arrivant sur la place Clothilde, où se tenait le grand marché, l'ambiance se fit nettement plus froide. Petits marchands, paysans et pauvres se trouvaient regroupés sur ce gigantesque terrain pavé. Quelques nobles arpentaient les étalages, discutant entre eux ou avec les marchands. Lorsque le prince s'approcha, un silence quasi-religieux prit place. Certains marchands rangèrent rapidement leurs étalages, les mendiants détalaient en jetant des regards noirs à la garde, les nobles s'inclinèrent respectueusement. Aranwë s'approcha doucement des tables en bois. Les marchands étaient toujours un peu nerveux lors des visites royales, mais pas à cause du prince lui-même, mais plutôt de ses conseillers, des gardes et de M. Phédia, la bête noire d'Isendorn.

Aranwë poussa un soupir et s'approcha du premier étalage. Le vendeur, un homme aux cheveux bruns, la quarantaine, habillé d'une tunique verte rafistolée à de nombreux endroits, s'inclina respectueusement. Le prince jeta un coup d'œil rapide à la marchandise : c'était des vases en terre cuite, sculptés et peints à la main, rien de bien intéressant, pas étonnant que chaque semaine, il avait l'impression de revoir toujours les mêmes.

« Les affaires n'ont pas l'air fleurissantes, dit calmement le prince.
– Je fais de mon mieux Messire, mais... Les gens changent, leurs goûts changent, et l'arrivée des pots en verre de Madame Lucius...
– Si les pots en verre fonctionnent, pourquoi vous n'en faites pas ?
– Fierté personnelle Messire. Mon père et son père avant lui fabriquaient ces pots et les vendaient sur la place du marché. Je ne compte pas laisser leur héritage tomber dans l'oubli. »

Aranwë eut un petit sourire en coin. Il fit approcher l'un de ses conseillers.

« Achetez six grands pots à cet homme. »

Le regard du marchand s'illumina. Les objets achetés par le prince intéressaient toujours les nobles de la ville haute, Aranwë venait possiblement de relancer son commerce. Le prince continua son chemin, d'étalage en étalage, admirant les tissus, goûtant à divers aliments qu'on lui proposait. Et, finalement, son regard se posa sur un stand qu'il n'avait encore jamais vu, ce qui attira immédiatement son attention.


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Message(#) Sujet: Re: Tyrnformen [Roman médiéval fantasy] Jeu 26 Avr - 4:16

Chapitre 1 : Poison
Partie 2

Indrala avait passé une très mauvaise nuit. Le matelas d'Adranar était de très mauvaise qualité et elle s'était réveillée à l'aube, avec des courbatures atroces. Elle avait trouvé son ami sur le sol, endormi sur une pile de papiers, sa chaise renversée. Comme dans ses souvenirs, il avait du travailler un peu trop tard et était tombé de fatigue. Elle se souvenait l'avoir vu travailler des nuits entières à l'académie de Warazi, bien qu'elle n'arrivait pas à comprendre comment est-ce qu'il faisait.

« Adranar ? Appela t-elle timidement. »

Le dragon ouvrit un œil fatigué dans sa direction. Il pencha la tête sur le côté en voyant Indrala au dessus de lui, réalisant dans quelle position il se trouvait. Il attrapa la main que son amie lui tendit et se releva, avant de s'étirer, faisant craquer ses os endoloris. Il jeta un coup d'œil à la pièce, constatant qu'il était grand temps de faire du rangement, avant de se reconcentrer sur son invitée.

« Bien dormi ? Désolé pour le bazar, je n'avais pas réalisé hier soir. Il était tard et...
– Ce n'est pas grave, j'ai connu bien pire. »

Il se gratta l'arrière de la tête, assez nerveux. Un silence gênant s'installa entre eux. Cela faisait bien longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus, les mots avaient encore un peu de mal à passer la barrière de leurs lèvres. Indrala décida finalement de prendre les devants.

« Où se trouve la salle d'eau ?
– A l'étage du dessous, mais je ne te conseille pas d'y aller. Je suis déjà tombé sur un rat mort. Je m'étonne parfois de voir que personne ici n'a encore attrapé la peste. Ces bestioles grouillent de puces et de maladies. Et ça ne semble inquiéter personne.
– Parce que leurs « dieux » sont bienveillants, lâcha ironiquement la dragonne, dans un petit rire. Je ferais attention à ne pas me faire dévorer par un rongeur une centaine de fois plus petit que moi, ne t'inquiète pas. »

Elle le frôla et quitta tranquillement la pièce, dans un déhanché qui ne laissa pas indifférent Adranar. Le scientifique n'était cependant pas du genre à vivre en couple. La vie qu'il menait était assez difficile et il refusait de l'imposer à qui que ce soit. Il poussa un soupir. La femme qu'il aimait était toujours à Warazi. Il avait refusé qu'elle l'accompagne, elle et son fils, par peur d'échouer et qu'ils soient tous trois exécutés. Il ne se faisait cependant pas d'idées. S'il s'était porté volontaire pour gagner le royaume humain, c'est aussi parce qu'il avait découvert que sa belle était infidèle. Il avait eu du mal à accepter ce fait, mais en partant, il lui avait offert une chance de faire sa vie avec un autre qu'elle aimait plus que lui. Le petit ne serait pas sans père au moins, ça facilitait les chose. Il ramassa sa chaise et commença à débarrasser son bureau, sans grande conviction.

Indrala avait elle descendu les marches de l'escalier menant au rez-de-chaussée. Le tavernier était occupé au comptoir, l'air visiblement soucieux. Face à lui se trouvait un garde au visage fermé, attendant de toute évidence quelque chose. Elle se rapprocha imperceptiblement, curieuse de savoir ce que les sbires du pouvoir pouvaient bien vouloir à un pauvre vieil homme.

« C'est hors de question. Avec tous mes respects Messire, mon père et son père avant lui tenaient cet établissement. J'ai été assez clair, répondez au roi qu'il n'aura qu'à attendre ma mort. Oh, et aussi, qu'un assassinat, dans le coin, ça se voit rapidement. Il court droit à une révolution, s'il songe à ce que je pense qu'il serait capable de faire.
– J'ai les moyens de vous faire sortir d'ici. Le Roi a été très clair, vous fermez aujourd'hui ou sinon...
– Ou sinon ? répéta le tavernier sur un ton provocateur. »

Le garde dégaina une longue épée et la pointa sur la gorge de l'homme. Indrala haussa un sourcil. Elle releva sa cape, dévoilant un fourreau en cuir, couvert de symboles oniriques, brodés avec du fil d'or. Elle en sortit une petite rapière en argent, qu'elle posa sur l'épée du garde, qui se tourna vers elle, le regard colérique.

« Ce ne sont pas tes affaires, femme. Déguerpis.
– Tout ce que je vois, c'est que vous êtes en train de faire peur à un vieil homme. C'est de coutume dans votre pays de persécuter tout ce qui n'a pas l'air assez riche pour vous ? Ou pas assez humain ?
– Vous parlez à un garde du Roi ! Vous allez... »

La rapière s'enfonça dans la poitrine de l'homme. Il resta un moment interdit, à regarder la lame le traversant de part en part, de laquelle un filet de sang s'échappait lentement, puis il s'effondra au sol. Elle était expérimentée et avait frappé dans le cœur, d'un coup sec. Le tavernier, derrière elle, plissa les yeux.

« L'avez-vous...
– Ça pose un problème ?
– Non... C'est une solution comme une autre, je suppose. »

Adranar, alerté par le bruit avait descendu les marches quatre à quatre. Essoufflé, il resta bouche bée devant la scène qu'il avait sous les yeux. Il s'approcha du corps à pas feutrés, se pencha et posa deux doigts sur sa jugulaire, confirmant la mort de ce pauvre garde qui ne faisait que son travail. Son regard reptilien croisa celui de sa comparse. Elle haussa simplement les épaules, n'exprimant pas le moindre regret, se justifiant même d'un « il l'a cherché » avant de se diriger vers la salle d'eau et de s'y enfermer.

« Ne vous inquiétez pas Umwen, dit calmement Adranar à l'attention du tavernier, toujours silencieux. Vous n'aurez pas de problèmes, je vais m'occuper du corps.
– Votre amie semble... dangereuse. Vous devriez faire attention à elle. Vous savez très bien que les gardes finissent par tout savoir dans cette ville.
– Elle ne va pas rester longtemps. Elle sera repartie dans la soirée. »

Le vieil homme plissa les yeux, hocha la tête et prit la porte en bois menant vers les cuisines. Le dragon jeta un regard au cadavre, continuant de se vider de son sang sur le plancher tout juste nettoyé. Il l'attrapa sous les bras et le traîna, avec une facilité déconcertante, vers la porte arrière de l'établissement, donnant sur le Fleuve Miroir coupant Isendorn en deux. Adranar vérifia que personne ne se trouvait dans les environs, et jeta le corps dans l'eau froide. Il fut immédiatement entraîné par le courant, coulant et remontant à la surface par intermittence. Avec un peu de chance, il atteindrait la Mer Oubliée sans que personne ne s'en aperçoive. Le temps qu'Indrala termine sa toilette, son ami s'occupa de nettoyer le sol de l'auberge et se changea, effaçant ainsi les traces du meurtre.

La dragonne sortit de la salle d'eau quelques minutes plus tard. Elle poussa un sifflement admiratif en découvrant qu'il ne restait plus aucune trace de son petit défouloir. Elle remonta à l'étage, où Adranar l'attendait. Il semblait soucieux, presque contrarié. Elle leva les yeux au ciel, sentant les reproches venir.

« Tu m'en veux vraiment pour ça ? Ce n'était qu'un vulgaire humain, il y en a des milliers d'autres dans cette ville.
– Nous sommes en infiltration très chère, nous ne pouvons pas nous permettre de nous faire remarquer. Si vous retournez vous terrer à Warazi avec les autres, ce n'est pas mon cas. Je ne compte pas compromettre dix ans de recherches à cause d'une erreur de débutante. Est-ce bien clair jeune fille ? »

Elle lui tira sa langue fourchue pour simple réponse, pas le moins du monde impressionnée. Ce n'était pas la première personne qu'elle tuait, ce ne serait pas la dernière non plus. Les états d'âme de son compagnon lui importait guère. Elle s'approcha du bureau et s'installa dessus.

« Je sais ce que je fais.
– J'espère bien. »

Adranar lui tendit un petit coffret en bois, couvert de motifs étranges qu'elle identifia comme de l'elfique. Elle l'ouvrit. La potion qu'elle devait faire ingérer au prince se trouvait à l'intérieur.

« J'ai pris des précautions, expliqua Adranar. S'ils commencent à chercher des responsables, ils iront d'abord voir du côté des elfes noirs. C'est bien leur genre, manipuler l'alchimie et des potions dont ils ne contrôlent pas les effets. Il y en a une population assez importante dans les environs. Il est temps pour toi d'y aller, je t'ai réservé un stand au marché. »

Un silence s'installa entre les deux dragons. Indrala baissa la tête.

« Je suppose que nous devons nous dire au revoir dans ce cas. Je volerai un cheval pour fuir la ville et je retournerai à Warazi, comme convenu. Mais tu sais, tu devrais venir, ils risquent de te démasquer et...
– J'ai fait mon choix Indrala, tu le sais bien. Bonne chance, et passe mes salutations au Haut-Conseil. »

Elle le prit dans ses bras, inspira profondément et sortit de la pièce. Les premiers clients entraient dans la taverne lorsqu'elle la quitta. Elle s'inquiétait quelque peu pour son ami, mais n'en montra rien. Elle quitta les ruelles sombres de la ville basse pour la cité moyenne. Il neigeait, ce qui la fit sourire. Les Sanglants étaient habitués aux climats chauds du désert, mais leurs lointains ancêtres parcouraient les froides montagnes du nord, ce qui leur avait permis de développer une résistance naturelle aux écarts de température. Elle effleura la poudreuse du doigt et gagna la place du marché en sautillant. Des commerçants et des paysans convergeaient vers la place Clothilde, les bras chargés de fruits, de légumes, de vases et d'autres objets étranges. Elle ne repéra cependant aucun alchimiste.

Son stand était déjà installé. Une table en bois l'attendait, couverte d'une nappe à carreaux rose et blanche. De nombreuses bouteilles se trouvaient dessus, contenant un liquide d'une couleur semblable à celle de la potion contenue dans son propre flacon. Curieuse, elle en ouvrit une et la goûta. Elle tira une grimace. Jus de fraise. Elle avait toujours détesté les fruits, et la majorité des végétaux. Il n'y avait que les humains pour manger des choses comme celles-là. Elle reposa la bouteille dans le tas, observant du coin de l'oeil les stands qui l'entouraient. Les marchands ne se préoccupaient pas d'elle, trop occupés à arranger leurs tables. Une grande agitation anima soudain le marché. Les allées se libérèrent comme par magie, les marchands devenaient silencieux. Elle se leva sur la pointe des pieds pour apercevoir l'objet de ce brusque changement d'attitude.

Un jeune homme discutait avec un vendeur de vases, qui semblait complètement affolé. Elle ne comprenait décidément pas les humains. A Warazi, tous les dragons étaient au même niveau. Il y avait certes le Haut Conseil qui décidait de l'organisation des guerres, mais eux même avaient tendance à écouter la majorité. Confier le pouvoir aux mains d'une seule famille lui était inconcevable et la vision de cet enfant pourri gâté lui donna la nausée. Ce petit prince ne pouvait pas savoir ce que elle avait enduré pendant son enfance, luttant pour survivre dans un territoire où la nourriture et l'eau sont des denrées rares. Son visage se crispa. L'envie de brûler cette ville et tous ses habitants était forte, mais elle ne devait pas faillir à sa mission.

Le prince croisa finalement son regard, elle sentit la pression monter. Le moment était venu. Elle tâcha de prendre un air amical, malgré les nombreuses pensées sombres animant son cerveau actuellement, essayant de faire jouer de ses charmes naturels pour l'amadouer. Bon nombre de ses chiens le suivaient de près ce qui n'était pas vraiment pour arranger son affaire. Elle s'inclina devant le noble quand il s'arrêta devant son étalage, comme il était coutume de le faire dans cette région du monde.

« Salutations Milady, dit-il d'une voix calme. Je ne vous ai jamais vu auparavant à Isendorn, je me trompe ?
– Je suis nomade Messire, je ne viens qu'une fois l'an. Je parcours la région depuis peu. »

Elle se redressa. Le prince fixait avec intérêt les potions avec les yeux d'un enfant devant un étalage de confiseries. Elle sourit, peut être l'affaire serait-elle plus simple que prévue.

« Mes potions permettent de guérir bien des maladies. Et sauf votre respect, vous me semblez un peu pâle.
– Oh, je le connais ce petit jeu là. Qu'est-ce qu'il y a dans ces potions ? Du jus de fraise ? »

L'assemblée se mit à rire alors que la dragonne se crispait légèrement. Elle posa un regard froid sur le jeune homme. Il se croyait malin ? Très bien, plan B.

« J'ai entendu dire que la magie avait disparu de ce royaume.
– C'est exact.
– Et si j'en avais trouvé une source ? Et si elle conduisait à la vie éternelle ? »

Le noble plissa les yeux, cherchant sans doute à déceler un quelconque mensonge dans son regard. Indrala lui sourit innocemment, pour camoufler l'angoisse montant de secondes en secondes en elle, mais aussi la soif de meurtre qui commençait sérieusement à l'animer.

« La magie est interdite dans notre royaume vous savez, finit par lâcher le jeune prince.
– Et vous écoutez tout ce que dit votre père ? cracha t-elle, provocante, en croisant les bras tout en le défiant du regard. »

Il tint son regard, relevant le défi. Indrala lui tendit une bouteille au hasard dans celles disposées sur son stand, sachant pertinemment ce qu'il allait faire. Il l'attrapa, détailla l'étiquette un instant, puis il la tendit à l'un de ses gardes, celui qui n'était pas humain. Le guerrier le regarda sans comprendre un moment, puis, dans un soupir, s'en saisit et avala le contenu de la potion. Le prince guetta sa réaction, puis, ne constatant rien d'anormal, il se retourna vers Indrala.

« Disons que je suis partant. Les effets se manifestent quand ?
– Dans les trois mois à venir. C'est votre vie qui va changer votre Majesté, vous allez adorer ça.
– Et ça va me coûter combien ?
– Rien n'est trop beau pour mon Seigneur. Cet échantillon est gratuit. Revenez me voir l'année prochaine si vous êtes convaincu. »

Elle lui tendit la boîte couverte de symbole elfiques. Il s'en saisit, et la rangea précieusement dans sa sacoche. Il la salua brièvement et poursuivit son chemin, en direction d'un autre stand. Indrala poussa un soupir de soulagement. Une bonne chose de faite. Elle s'apprêta à quitter la place, mais le récolteur d'impôts l'interpella.

« Vous n'êtes pas sur la liste Mademoiselle. Votre stand est-il légal ? Puis-je voir vos papiers ?
– Ils sont dans mon auberge, à deux rues d'ici, voulez-vous m'y accompagner ? Je peux aussi vous payer en nature. »

Elle accompagna sa phrase en retirant l'un des boutons de sa veste. L'homme lui lança un regard intéressé, sourit d'un air pervers et la suivit. Elle le tira dans une ruelle esseulée, puis elle le plaqua contre le mur. Alors que lui cherchait déjà à jouer d'elle, la peau de sa douce se recouvrit d'écailles rouge sang. Elle lui sourit alors que lui se décomposait, puis elle lui claqua la tête contre le mur. Le geste fut si violent que son crâne se fendit, couvrant le mur puis le sol d'un liquide rougeâtre. Il n'avait pas eu le temps de hurler ou même de comprendre ce qu'il s'était passé. Elle s'étira gracieusement, osant même donner un petit coup de pied au cadavre avant de faire demi-tour en sautillant. Il ne lui restait plus qu'une mission à accomplir.

Elle quitta la ruelle, en faisant attention de ne croiser aucun garde. Les écuries n'étaient pas loin de l'entrée, elle les avait repéré en arrivant. Un homme était occupé avec un jeune étalon noir, probablement son maréchal ferrant à en juger des outils qu'il utilisait. Indrala s'approcha et prit une voix pseudo-dramatique.

« Messire ! Messire ! Je fais appel à votre bonté ! Ma monture est décédée dans la nuit et je dois me rendre d'urgence dans une petite ville au sud d'ici. Accepteriez-vous de me prêter l'une de vos bêtes ? Je reviendrai avant l'aube.
– Je pourrais, mais ce n'est pas gratuit. »

Il lança un regard vers son décolleté entrouvert. Le visage de la dragonne se crispa. Ces primates n'étaient vraiment que des bêtes en manque de sexe. D'un geste sec, elle attrapa un marteau au sol et lui écrasa derrière la tête. L'homme s'affala à terre, alors qu'elle montait sur le cheval. Elle le lança au trot dans la ville et la quitta rapidement, sans un regard en arrière. Adranar lui enverrait certainement une lettre peu sympathique d'ici quelques jours pour lui faire la morale sur les morts qu'elle avait abandonné dans son sillage, mais elle n'en avait que faire.

Elle parcourut les plaines sur quelques lieues, vers le sud, en longeant le fleuve Miroir. Dès que l'on quittait la civilisation, on ne voyait plus un chien dans les environs, et pour cause : de nombreuses rumeurs courraient sur les créatures étranges que l'on trouvait dans les terres de Tyrnformen. Personne ne voulait se retrouver pris en embuscade par un groupe d'orques.

Indrala fit arrêter sa monture au pied d'un gigantesque chêne. Elle descendit tranquillement, et frotta l'encolure de la bête.

« Je sais que les humains mettent du temps à obtenir des créatures comme toi et je t'assure que si je n'avais pas autant de route à faire je t'aurais laissé partir. Malheureusement, Warazi est très loin, et j'ai déjà faim. »

Le cheval semblait avoir décelé le changement de ton dans la voix de sa ravisseuse. Il fit quelques pas en arrière, hésitant entre la fuite et la fidélité. Mais lorsque la personne qu'il avait devant lui se mit à grandir, de plusieurs dizaines de mètres, il fila à travers les plaines. Deux grandes ailes rouges foncées avaient poussées dans le dos d'Indrala, son cou s'était allongé, ses bras et jambes avaient grossies. Elle n'eut bientôt plus rien d'humain, renouant enfin avec sa forme draconique. Retrouver sa forme originelle lui fit grand plaisir, et elle s'autorisa même un petit vol au dessus du fleuve Miroir en crachant quelques flammes de sa gueule immense, se libérant, laissant ses instincts bestiaux refoulés reprendre le dessus. Puis elle prit un peu d'altitude avant de foncer sur le cheval, parti au galop, vers le Nord.

Ses serres se plantèrent dans son dos, lui broyant plusieurs os et organes importants sous son poids. L'animal poussa un cri de douleur et de frayeur lorsqu'il décolla du sol. D'un geste sec, la dragonne lui arracha la tête pour le faire taire, la laissant retomber dans le fleuve, et elle prit la direction du sud, sa proie entre les pattes, direction Warazi.

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Petit Volcan
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J'ai rejoint la planète PRD le : 09/03/2018 J'ai posté un total de : 19 Messages. Sinon je m'appelle : Salem. et j'ai : 27


Petit Volcan
Message(#) Sujet: Re: Tyrnformen [Roman médiéval fantasy] Ven 18 Mai - 11:21

J'aime beaucoup ! Il y a des détails, des explications, on se sent concerné par les personnages. Tu as beaucoup d'imagination
Les petits détails "comme le dragon qui se gratte le bouc en parlant" c'est franchement super, ça rajoute de la vie à la scène !
Je dirais peut être de casser le rythme en n'utilisant pas les règles dites "clichées" de la littérature. Par exemple, commencer son récit en disant quel temps il fait, c'est très vu hihi, ou alors s'amuser en donnant un détail insolite (comme J.K Rowling qui parlera des pelouses sèches au début de son livre pour expliquer la journée caniculaire !)

Certaines tournures de phrases ont des compositions qui dérapent un peu hihi
Par exemple : "Le dragon jeta un regard au cadavre, continuant de se vider de son sang sur le plancher tout juste nettoyé"
C'est plus des ptits détails de syntaxe : le participe présent s'utilise pour le temps, la cause, la condition ou la concession, mais là il n'est pas nécessaire -car écrit de la sorte, continuant serait relié au dragon. Après, aussi savoir si des explications sont nécessaires, car elles peuvent allonger la phrase inutilement. Le fait que le cadavre se vide de son sang, ça sous-entendu implicitement que le sang "continue de couler".
Le choix des mots est très important dans le récit. "Jeter un regard" , même si jeter est synonyme de lancer, n'a pas la même signification dans la phrase. On jette son regard quand on épie , et on lance, par exemple, un regard noir, ou un regard équivoque. Jeter un coup d'oeil était peut être ici plus approprié ^^

"Le dragon jeta un coup d'oeil au cadavre dont le sang salissait le plancher etc."
ou
"Le dragon jeta un coup d'oeil au cadavre qui se vidait de son sang" pourrait être une alternative, même si le truc super dans l'écriture, c'est qu'il y a autant de tournures de phrases possibles que d'écrivains Very Happy
Des détails, une histoire vraiment sympathique, juste des petits ajustement dans la composition des phrases, mais c'est vraiment super, continue dans ta lancée
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Chaï Latté
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J'ai rejoint la planète PRD le : 17/11/2012 J'ai posté un total de : 711 Messages. Sinon je m'appelle : Myfanwi et j'ai : 21 ans. Dans la vraie vie, je : suis étudiante en Lettres Modernes Les logiciel(s) que j'utilise sont : Photofiltre


Mon CV PRDésien
Dédicaces: COLONEL GRUMPY CAT
My role player game characters:


Chaï Latté
Message(#) Sujet: Re: Tyrnformen [Roman médiéval fantasy] Mer 22 Aoû - 4:23

Oulà, j'avais tellement pas vu qu'on m'avait répondu xDDD

Merci énormément, c'est très gentil d'être passé Very Happy

En vérité, les textes présentés sont de très vieilles versions que j'ai pas actualisé, parce que Forumactif est pas du tout pratique pour ça, ahah, mais oui, tous les défauts que tu as cités ont déjà été corrigés ou sont dans ma liste de relecture Very Happy

C'est gentil de les avoir soulignés, cela dit <3

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Message(#) Sujet: Re: Tyrnformen [Roman médiéval fantasy]

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Tyrnformen [Roman médiéval fantasy]

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